Il est des châtiments plus cruels que la mort est un recueil de poésie engagée qui donne voix aux souffrances de l’Est de la RDC, particulièrement du Nord-Kivu et de l’Ituri, de Beni à Lubero. Entre douleur, révolte et espérance, Esdras Kikamatha dénonce la guerre, l’injustice et le silence, tout en appelant à la paix, à la dignité et à l’éveil des consciences.
Kakule Kikamatha Esdras
Kakule Kikamatha Esdras est un écrivain, poète et slameur de la République démocratique du Congo. Né de parents congolais le 19 janvier 2002, dans le village de Makele, à l’Est de la RDC, il est originaire du Nord-Kivu, une province aujourd’hui profondément marquée par les conflits armés. Son village natal, autrefois vivant, a été progressivement effacé de la carte géographique à la suite des violences perpétrées par différents groupes armés.
Son histoire commence dans les épreuves. Alors qu’il n’avait qu’un an, Esdras dut, avec sa famille, fuir son village à la suite d’une incursion rebelle. Ils parcoururent près de dix kilomètres afin d’échapper aux attaques et de trouver refuge. À l’âge de quatre ans, il survécut également à une maladie foudroyante qui faillit lui coûter la vie. Selon le témoignage de sa mère, il serait resté sans réaction pendant près d’une trentaine de minutes. Alors qu’elle était effondrée et en larmes auprès de son fils plongé dans une sorte de coma, un médecin, qui ne devait normalement pas se trouver à l’hôpital à ce moment-là, arriva et parvint à le ramener à la vie. Pour sa mère, cette survie demeure un véritable miracle et le signe que Dieu avait encore des desseins pour son enfant.
En 2016, Esdras obtient son certificat de fin d’études primaires, peu après la disparition de son père. Cette perte constitue l’une des blessures les plus profondes de son enfance et marque durablement sa vie ainsi que son équilibre émotionnel.
En 2017, il quitte sa mère pour poursuivre ses études secondaires dans la ville de Butembo, où il est accueilli par son oncle paternel. Il y découvre un nouvel environnement et doit s’adapter à une vie faite de nombreux défis.
C’est en 2018 que son destin artistique commence véritablement à se dessiner. Il découvre la poésie classique au sein du Cénacle des Poètes « La Plume d’Or », un univers artistique différent de celui qu’il connaissait jusque-là. Lors d’une séance animée notamment par le poète et encadreur Dieu-Merci Djuma, il entend pour la première fois le mot « poésie ». Curieux, il participe à la séance et reçoit un texte à déclamer devant les autres membres. Stressé et victime d’un bref trou de mémoire, il réussit néanmoins à aller au bout de sa prestation et reçoit les encouragements de son encadreur ainsi que les ovations du public.
Cette première expérience agit comme un déclic. Il multiplie les prestations scolaires, passant progressivement de texte en texte et de scène en scène.
En 2019, il rejoint l’École de la poésie sous la direction de Mapson Volonté. Malgré une distance d’environ vingt kilomètres et les restrictions liées à la pandémie de COVID-19, il fait preuve de persévérance et poursuit sa formation poétique aux côtés de la « Génération », notamment Vivien et Paul.
Pour des raisons familiales et scolaires, il retourne ensuite à Beni, où il poursuit ses études en chimie-biologie. En 2022, il obtient son diplôme d’État, étant le seul de son groupe d’amis à le décrocher cette année-là. Une réussite qu’il accueille toutefois avec une certaine tristesse, marquée par l’échec de plusieurs de ses compagnons.
Mais chez Esdras, l’écriture ne constitue pas un simple divertissement : elle devient une manière de témoigner. Son parcours et son environnement nourrissent une poésie profondément engagée. À l’image de Victor Hugo, dont l’œuvre s’est souvent élevée contre l’injustice et l’oppression, Esdras fait de sa plume un instrument de dénonciation. Il aborde notamment les guerres, les souffrances des populations, les divisions sociales, le tribalisme, la haine et les discriminations. Ayant grandi à Beni et vécu au cœur des réalités de l’Est de la RDC, il puise dans cette expérience une matière poétique à la fois douloureuse, révoltée et profondément humaine.
En 2023, il approfondit sa formation à l’École de la poésie de Beni auprès des Immortels. Il termine major de sa promotion avec une distinction de 79 %. C’est également durant cette période, à la suite d’un rêve particulièrement marquant, qu’il adopte le nom de scène « Le Plus Malade ». Cette appellation ne renvoie pas à son état de santé, mais à la société malade dans laquelle il a grandi. Il résume alors sa vision en ces termes : « Je veux être le remède à ses maux par mes mots. »
L’année 2024 marque son entrée dans les compétitions poétiques de dimension internationale. Il est à plusieurs reprises sacré champion de poésie classique, notamment dans le cadre de concours liés à l’Anthologie poétique et à plusieurs compétitions organisées par Victor Poète.
En 2025, il élargit son champ artistique au slam. Après des débuts exigeants, il est sélectionné parmi les slameurs fédérateurs du Nord-Kivu pour participer à un grand concert à Butembo. Son talent lui permet ensuite de se faire connaître au-delà de sa province. À Kinshasa, lors du festival « Tuko Pamoja », il est sacré champion représentant l’Est de la République démocratique du Congo.
Le 25 septembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale des artistes, il décroche le troisième prix UBUNTU, ajoutant ainsi une nouvelle distinction à son parcours. Avec à son actif plus d’une vingtaine de diplômes et distinctions dans le domaine de la poésie classique, il poursuit son ascension artistique.
L’année 2026 s’ouvre pour lui sous le signe d’une nouvelle consécration. Il remporte le Premier Prix Jeunesse, organisé par Europésie depuis la France, confirmant ainsi la progression d’un parcours commencé dans les épreuves, nourri par la poésie et désormais porté au-delà des frontières de la République démocratique du Congo.
De Makele à Beni, de la poésie classique au slam, des scènes locales aux compétitions internationales, l’histoire de Kakule Kikamatha Esdras demeure celle d’un jeune homme qui a transformé les blessures de son parcours en matière poétique. Sa plume témoigne, dénonce, interpelle et espère. Et ainsi, l’histoire continue de s’écrire…