La plaine de la Ruzizi constitue l’une des zones agro-pastorales les plus importantes de l’Est de la République Démocratique du Congo. Elle joue un rôle central dans l’approvisionnement en lait et en viande des populations du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et des pays voisins. Cependant, depuis plusieurs années, cette plaine connaît une dégradation progressive de ses ressources pastorales. La présence croissante d’arbres indicateurs du désert et la raréfaction des pâturages traduisent une tendance à la désertification. En saison sèche, les éleveurs sont contraints de parcourir de longues distances à la recherche de fourrage et la production laitière chute considérablement. La présente étude a pour objectif de faire l’état des lieux de l’élevage bovin dans les cités de Kiliba, Sange, Bwegera et Luvungi. L’enquête a été réalisée en 2016 auprès de 120 ménages éleveurs à raison de 30 ménages par cité. La taille de l’échantillon a été déterminée selon la formule de Schwartz et le choix des enquêtés s’est fait par tirage aléatoire simple. Les données ont été traitées avec Excel et analysées avec SPSS. Les résultats montrent que le système extensif est largement dominant avec 87,5% des ménages. Cette dominance s’explique par le manque de moyens financiers.
Les résultats montrent une régression importante du cheptel bovin dans la plaine de la Ruzizi entre 2012 et 2016. Il y a 5 ans, le nombre moyen de têtes par cité variait de 4 à 7, avec un total de 22 têtes et une moyenne de 5,5 têtes/cité. Actuellement, ce nombre varie de 1 à 3 têtes, pour un total de 8 têtes et une moyenne de 2 têtes/cité. Le test T de Student apparié révèle que cette baisse est statistiquement significative `t = 12.12, p = 0.001`. Le cheptel a globalement diminué de 63.6% en 5 ans. Cette chute drastique peut s’expliquer par la pression sur les pâturages et par la dominance du système extensif observée dans cette étude, qui rend les éleveurs très dépendants de la disponibilité saisonnière en fourrage. La production de lait passe de 3,8 L/vache/jour en saison pluvieuse à 1,1 L en saison sèche soit une baisse de 71% hautement significative. En saison sèche, 78,3% des éleveurs parcourent plus de 5 km pour nourrir leurs animaux. L'insuffisance de pâturages et le manque de moyens financiers sont cités comme les principales contraintes par plus de 90% des enquêtés. Au regard de ces résultats, il apparaît urgent d’aménager des pâturages, de sécuriser des couloirs de transhumance et d’appuyer les éleveurs afin d’éviter que la plaine ne devienne un désert pastoral dans les années à venir.
Mots clés : État des lieux, Élevage bovin, production de lait de vache, plaine de la Ruzizi